Chef-d'œuvre
Le mot n'a pas toujours désigné une œuvre admirable. Dans son acception d'origine, un chef-d'œuvre est une pièce d'examen : l'ouvrage qu'un compagnon présentait à sa corporation pour être reçu maître.
L'épreuve des corporations
Le candidat devait réaliser, souvent en un temps imparti et sous surveillance, une pièce démontrant la maîtrise de tous les gestes de son métier. La pièce était jugée par les maîtres, et son acceptation ouvrait le droit d'exercer à son compte et de prendre des apprentis. Serrurerie, ébénisterie, charpente, taille de pierre ont laissé des chefs-d'œuvre conservés dans les musées de compagnonnage, souvent des modèles réduits d'une virtuosité extrême.
Le glissement de sens
Le passage au sens actuel, celui d'œuvre d'exception, s'opère progressivement et s'accélère au dix-neuvième siècle, à mesure que la notion d'artiste se détache de celle d'artisan. Le mot conserve toutefois sa trace ancienne dans le compagnonnage, où il désigne toujours la pièce de réception.
Un mot qui a repris du service
La réforme du lycée professionnel a introduit un chef-d'œuvre comme épreuve du baccalauréat professionnel : un projet mené sur deux ans, individuel ou collectif, présenté devant un jury. Le choix du terme est explicitement un emprunt à la tradition des métiers.